Otobong Nkanga - When Looking Across the Sea, Do You Dream? | Otobong Nkanga
La Villa Arson

Commissariat : Eric Mangion


Otobong Nkanga offre à voir des images qui révèlent une forte puissance d’évocation. Une grande diversité de supports et de matériaux donne forme à des œuvres inspirées de la terre, de ses ressources surexploitées et des histoires qui en découlent. Son art se situe au croisement des constructions du temps et des civilisations pour aller au-delà de nos horizons, vers d’autres climats, d’autres économies.
Cette première exposition monographique d’ampleur en France se déploie comme un parcours faussement déstructuré, non chronologique, qui privilégie les correspondances thématiques et esthétiques afin d’appréhender les méandres de son univers.


L’exposition débute par une grande photo produite en papier peint représentant une construction hétéroclite à Curaçao dans les îles Caraïbes
(Emptied Remains – Assemblage) et se finit avec la voix de l’artiste qui énonce un texte dans la pénombre (Wetin You Go Do? Oya Na). Les deux œuvres s’appuient sur les souvenirs de son enfance. La première, par le prisme d’une mémoire visuelle avec ces architectures précaires bâties par la nécessité et que l’on retrouve dans plusieurs pays du Sud, tel le Nigéria où elle a grandi. La seconde, selon une mémoire liée au langage oral que l’artiste continue d’entretenir au fil du temps, préférant parler/dialoguer qu’écrire. On y croise également d’autres photos (des exploitations minières en Namibie : Emptied Remains), une installation dédiée à la noix de Kola (Contained Measures of Kolanut Tales), des dessins plus ou moins préparatoires, des savons noirs composés de multiples essences et produits par et pour une fondation que l’artiste a créée (Carved to Flow), une sculpture circulaire composée d’acier, de feu, d’eau et d’air (Manifest of Strains), un grand dessin mural réalisé pour l’exposition, ainsi qu’une série de tapisseries qui ponctuent sa production artistique depuis une dizaine d’années. Quelles que soient les époques, les sociétés ou les continents, les tapisseries ont souvent permis de raconter la vie des peuples, les rapports de force et de pouvoir entre les communautés, le poids des conflits et leurs blessures plus ou moins cicatrisées (The Weight of Scares).

Mais une fois de plus, Otobong Nkanga ne souhaite pas s’arrêter aux cadres de l’Histoire. C’est pour cette raison qu’elle a choisi de rédiger le titre de son exposition (When Looking Across the Sea, Do You Dream?) sous la forme d’une question et d’une invitation à regarder au-delà des horizons, au-delà des poncifs et de nous-mêmes, « d’aller au-delà de l’Europe, vers d’autres climats, d’autres économies », comme elle le dit si bien.Ce titre est également l’amorce d’un court poème qui rebondira à la fin de l’été au centre d’art contemporain Castello di Rivoli Museo d’Arte Contemporanea (Italie) qui produit un ensemble de nouvelles œuvres pour une exposition prévue du 20 septembre 2021 au 30 janvier 2022.

Le Castello di Rivoli et la Villa Arson publieront ensemble un catalogue aux éditions Skira, avec de nouveaux essais et entretiens, des images des œuvres exposées dans les deux institutions et une riche anthologie de textes multidisciplinaires.